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Manger à Lyon | Tradition

Le mâchon lyonnais

Cochonnaille et pot de beaujolais à neuf heures du matin. Ce n'est pas une blague.

Mis à jour le

C'est la tradition lyonnaise la plus déroutante pour un visiteur, et la moins comprise : un vrai repas, pris en matinée, composé de charcuterie et d'abats, arrosé de pots de beaujolais. Le mâchon n'est ni un petit-déjeuner, ni un brunch, ni une curiosité folklorique inventée pour les touristes. C'est le repas des canuts, les ouvriers de la soie, qui avaient déjà travaillé plusieurs heures quand la ville se réveillait. Une confrérie le défend depuis 1964, et elle se réunit toujours à neuf heures du matin.

1964 la confrérie des Francs-Mâchons est déclarée en préfecture du Rhône
9h l'heure traditionnelle du mâchon
Canuts les ouvriers de la soie à l'origine de la tradition

Un repas d'ouvriers, pas une excentricité

Le mot vient du verbe mâcher. La tradition, elle, vient directement des canuts, les ouvriers en soie de la Croix-Rousse.

Ces ouvriers travaillaient sur leurs métiers dès les premières heures du jour, dans les ateliers aux hauts plafonds construits pour accueillir les métiers Jacquard. Après plusieurs heures de labeur, ils partageaient un repas consistant, à une heure où le reste de la ville prenait tout juste son café.

Autrement dit : le mâchon n'a jamais été un petit-déjeuner copieux. C'était le déjeuner de gens qui avaient déjà fait une demi-journée. Cette origine explique tout le reste : l'heure, la consistance du repas, la présence de vin, et le caractère collectif de la chose.

Ce que le mâchon n'est pas

Trois confusions à lever. Ce n'est pas un brunch : le brunch est une pratique récente, sucrée-salée, qui se prend le week-end vers midi, comme le détaille notre page brunch à Lyon. Ce n'est pas un petit-déjeuner : il n'y a ni viennoiserie, ni confiture, ni café au lait. Ce n'est pas non plus un repas de bouchon avancé : le mâchon est plus court, plus resserré autour de la charcuterie et des abats, et se boit au pot.

La confrérie des Francs-Mâchons

La tradition aurait pu disparaître avec l'industrie de la soie. Elle a été relancée par une confrérie, dont l'histoire est documentée et datée.

30 octobre 1964 L'association est déclarée en préfecture du Rhône sous le régime de la loi de 1901. Elle naît d'un petit cercle réuni autour de Louis Javogues, dans le sillage d'un groupe antérieur, les Amis des Halles.
6 décembre 1964 Le premier mâchon de la confrérie se tient dans le bistrot de Georges Drebet. Le siège d'origine, rue du Garet dans le 1er, verra Lucienne, l'épouse du patron, préparer chaque jour les fameux saladiers lyonnais et le gras-double.
Vers 1969 Une branche parisienne est créée, environ cinq ans après celle de Lyon. Elle se réunit également à neuf heures du matin, selon des règles identiques.
Aujourd'hui La confrérie se réunit chaque mois dans un établissement différent, en ville l'hiver, en périphérie à la belle saison. Après chaque réunion, les membres votent sur la qualité de la table et des vins.

Le diplôme, une distinction décernée par des convives

C'est le point le plus intéressant du dispositif, et il est très différent d'un label commercial. Après chaque réunion mensuelle, les membres de la confrérie votent sur la qualité de ce qu'ils ont mangé et bu. Les établissements qui recueillent une majorité d'avis favorables reçoivent un diplôme illustré, dessiné par des artistes. Ce n'est ni un audit d'organisme certificateur, ni un guide payant : c'est le jugement collectif de convives qui ont mangé sur place. À prendre pour ce que c'est, avec ses forces et ses limites, mais c'est un repère qui existe.

Ce qu'on mange, ce qu'on boit

Le mâchon est resserré. Il n'a ni la longueur ni la structure d'un repas de bouchon classique.

Ce qui est serviDétail
La cochonnailleLe cœur du mâchon. Rosette, jésus, saucissons, jambon, terrines, grattons. C'est de la charcuterie sèche et de la charcuterie cuite, servie généreusement
Les tripes et le gras-doubleL'autre pilier. Le gras-double, panse de bœuf, se prépare de plusieurs façons à Lyon, dont le tablier de sapeur. Ce sont des plats d'abats, longuement préparés
Les saladiers lyonnaisUne série de saladiers posés sur la table et partagés : lentilles, museau, pieds de mouton, foies de volaille, harengs. Chacun se sert. C'est le format collectif par excellence
Le fromageSouvent une cervelle de canut, dont le nom rappelle d'ailleurs les mêmes ouvriers
Le vinServi au pot, la bouteille lyonnaise épaisse de 46 centilitres. Beaujolais ou mâconnais, les deux vignobles qui bordent Lyon au nord

Un mot sur les saladiers lyonnais, qui sont la signature du format : ce ne sont pas des entrées individuelles mais des récipients posés au centre de la table, dans lesquels chacun pioche. C'est exactement l'inverse du service à l'assiette, et c'est ce qui fait du mâchon un repas social avant d'être un repas gastronomique.

Sur le terrain

Les lieux de la tradition du mâchon à Lyon. Cliquez sur un point.

Comment s'y prendre, concrètement

Autant être direct : c'est la tradition lyonnaise la plus difficile à vivre en tant que visiteur, pour trois raisons cumulées.

La bonne méthode consiste donc à appeler à l'avance les établissements traditionnels du 1er et du 2e arrondissement, en demandant explicitement s'ils font le mâchon et quel jour. Ne comptez pas vous présenter un matin au hasard.

Si vous ne trouvez pas de mâchon

Vous pouvez en retrouver l'esprit autrement, et c'est même souvent plus simple. Les halles Paul Bocuse ouvrent tôt et comportent des comptoirs où l'on mange debout, charcuterie et verre de blanc compris, dans une ambiance qui n'est pas si éloignée. Les marchés du matin, notamment le quai Saint-Antoine ouvert sept jours sur sept, jouent un rôle comparable. Ce n'est pas un mâchon, mais c'est le même Lyon.

Le pot lyonnais, contenant à part

Un détail qui mérite d'être connu, car il revient dans tous les récits de mâchon. Le vin ne se sert pas à la bouteille mais au pot : une bouteille de 46 centilitres, au verre épais et au fond lourd, caractéristique de Lyon.

Sa forme n'est pas décorative. Le fond épais lui donne une grande stabilité, ce qui limitait les renversements sur les tables de bistrot bousculées. Sa contenance intermédiaire correspondait au partage entre deux ou trois convives. On le trouve toujours dans les bouchons lyonnais, et c'est l'un des rares objets de table à être resté strictement local.

Nous ne recommandons aucun établissement et n'en citons aucun sur cette page. Nous n'avons testé personne. Les éléments historiques et les dates cités proviennent de la confrérie des Francs-Mâchons elle-même, qui documente sa fondation et son fonctionnement. Le diplôme qu'elle décerne résulte d'un vote de ses membres après un repas : c'est un jugement de convives, distinct d'un audit par un organisme indépendant, et nous le présentons comme tel. Le mâchon étant une pratique occasionnelle, vérifiez toujours par téléphone avant de vous déplacer.

Pour le reste de la table lyonnaise, voyez nos pages bouchons lyonnais, spécialités lyonnaises et andouillette. Pour l'histoire des canuts, notre page sur la Croix-Rousse.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un mâchon lyonnais ?

C'est un repas complet pris en matinée, généralement composé de cochonnaille ou de tripes, accompagné de pots de beaujolais ou de mâconnais. Le mot vient du verbe mâcher. Ce n'est ni un petit-déjeuner ni un brunch : c'est un déjeuner avancé, servi à une heure où la plupart des gens prennent un café, et il se termine souvent quand les autres commencent à déjeuner.

D'où vient la tradition du mâchon ?

Des canuts, les ouvriers en soie de la Croix-Rousse. Ils travaillaient sur leurs métiers dès les premières heures et partageaient un vrai repas au petit matin, après plusieurs heures de labeur. Le mâchon n'est donc pas une excentricité gastronomique mais le repas d'ouvriers ayant déjà travaillé une demi-journée quand la ville se réveille.

Qui sont les Francs-Mâchons ?

Une confrérie fondée à Lyon pour défendre et perpétuer cette tradition. Elle a été déclarée en préfecture du Rhône le 30 octobre 1964 sous le régime de la loi de 1901, et son premier mâchon s'est tenu le 6 décembre 1964 dans le bistrot de Georges Drebet. Elle se réunit chaque mois dans un établissement différent, et ses membres votent ensuite sur la qualité de la table : celles qui recueillent la majorité reçoivent un diplôme illustré.

À quelle heure se prend un mâchon ?

Tôt : la confrérie se réunit traditionnellement à neuf heures du matin. C'est la principale difficulté pratique pour un visiteur, car cela suppose d'être à table à une heure où l'on n'a pas faim, et surtout de trouver un établissement qui le propose ce jour-là. Le mâchon reste une pratique occasionnelle, pas un service quotidien.

Quelle différence entre un mâchon et un repas de bouchon ?

L'heure, avant tout. Un repas de bouchon se prend à midi ou le soir, avec entrée, plat et dessert. Le mâchon se prend en matinée, il est plus court, plus resserré autour de la charcuterie et des abats, et se boit au pot. Le second est un moment, le premier est un service. Beaucoup de bouchons ne font pas de mâchon, et certains établissements qui en font ne sont pas des bouchons.